Quand on pense à un dictionnaire Latin – Français, le nom de Félix GAFFIOT vient immédiatement à l’esprit. Pourtant il en existe d’autres, et c’est pour moi l’occasion de vous présenter celui d’Henri BORNECQUE (1871 – 1935), professeur à la Faculté des Lettres de Lille, et Fernand CAUËT (1887 – 1966), professeur agrégé au lycée Henri IV. L’exemplaire que je possède date de 1963, mais sa première édition est de 1936.

Découvrons ensemble quelques mots de sa préface :
Encore un nouveau dictionnaire latin – français ! Pourquoi ?
Et oui, pourquoi ? Avant de vous donner le point de vue des auteurs, j’aime pour ma part l’odeur de son papier jauni, sa typographie, sa mise en page, la mise en exergue des mots chausse-trappes pour l’apprentissage, son format réduit par rapport au Gaffiot.
Les élèves qui ne poursuivent pas l’étude du latin au-delà du Baccalauréat sont une très grosse majorité. Notre ouvrage est d’abord fait pour eux.
En 2026, 90 ans plus tard, cela n’a pas vraiment changé…
L’ouvrage que nous présentons, plus maniable que les précédents dictionnaires, contient à la fois moins, davantage et autre chose.
Voilà qui pique ma curiosité ; comme il sera expliqué ensuite, le dictionnaire se concentre sur les mots rencontrés dans les textes du baccalauréat, supprime les références trop complètes, également les traductions trop évidentes. Par ailleurs les mots, acceptions ou constructions qui n’appartiennent pas à la langue classique (construction poétique, archaïque ou post-classique) sont signalés par un astérisque. Les difficultés et confusions habituelles sont également signalées.
Nous avons, au besoin, distingué les mots de ceux dont le sens est voisin, ou bien précisé leur valeur par l’indication de leur contraire.
Effectivement, on mémorise mieux un mot en précisant immédiatement son contraire, plutôt qu’en les apprenant séparément.
Enfin, et surtout, pour les mots difficiles ou dont les acceptions sont nombreuses, nous avons adopté une méthode nouvelle […] une présentation typographique nouvelle et l’emploi de cadres permettent à l’élève de s’orienter plus facilement encore et de faire, dès l’abord, entre les acceptions proposées, un choix provisoire, mais déjà raisonné.
J’aurais l’occasion de vous présenter d’autres manuels de latin présentant une « nouvelle méthode » d’apprentissage, il est toujours intéressant de voir les essais, la plupart du temps largement argumentés, pour améliorer la pédagogie (et probablement aussi pour vendre).
La typographie utilisée est sobre et concise, d’ailleurs pour des ouvrages en noir et blanc c’est un élément essentiel pour la structuration de la pensée mais aussi pour le plaisir des yeux, car une « belle » typographie motive à feuilleter les pages. Je pourrai vous citer quelques manuels récents que je n’aime pas, bien qu’on les voit dans toutes les librairies, tellement la typographie et la mise en page sont pauvres et tristes.
A tire d’exemple voici la page 111 du dictionnaire, où l’on aperçoit au passage un « cadre » :

H. BORNECQUE et F. CAUËT citent également leurs « bonnes sources » (on ne saurait je pense créer un nouveau dictionnaire ab ovo) :
- Le Dictionnaire Etymologique de MM. ERNOUT et MEILLET,
- Le Dictionnaire de HEINICHEN,
- Le Dictionnaire de STOWASSER,
- Les lexiques des auteurs classiques, surtout de Virgile et d’Horace,
- La Syntaxe latine de RIEMANN,
- Les Homonymes latins de M. GEORGIN,
- La Traduction du Latin M. MAROUZEAU.
Le dictionnaire se termine par un supplément, comportant une liste de mots additionnels « pour répondre à un voeu maintes fois exprimé et éviter toute surprise aux candidats« , ainsi que quelques cartes de géographie antique.
J’espère que cet article vous donnera envie d’ouvrir un dictionnaire papier, de latin ou autre, a fortiori s’il est ancien, s’il a traversé les années avant d’atterrir entre vos mains.